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vendredi 14 mars 2014

Sortir de la religion par les mythes

Le journal Le Monde a publié une excellente recension d'un livre avec lequel je suis pleinement en phase, "Les origines des mythologies du Monde" de Michael Witzel. L'auteur postule qu'il existe un socle fondateur des mythes du monde occidental. A l'origine, un groupe de quelques milliers de personnes, au maximum, qui quitte l'Afrique il y a quelques 40 000 ans, pour parcourir l'Europe, puis l'Inde, l'Asie, et passant par le détroit de Bering, l'Amérique.

Quand on étudie les mythes de ces populations, que l'on retrouve notamment dans leurs livres religieux, on trouve de nombreux points communs. Trop pour que ce soit le fruit du hasard. Partout, un mythe du déluge, qui décime l'humanité, partout, un Dieu qui écrase le dragon (ou le serpent), partout, des héros d'ascendance divine, qui guide l'humanité. Partout, un passage à l'état de culture sur le même mode : un esprit "dissident" qui apporte, en fraude, aux hommes, le savoir. Cette théorie est le fruit d'un travail qui semble, à la lecture de l'article, être scientifiquement très solide.

Cela permet de prendre un recul salutaire sur les livres "sacrés". La Bible, qui fait partie de l'ensemble, n'est pas forcément qu'un tissu d'âneries contradictoires, comme certains aiment le penser. C'est l'expression de représentations de l'homme, de la société et du monde qui font sens, et s'inscrivent dans un passé très lointain. Les différences peuvent être marquées par rapport à d'autres mythes issus du même socle, comme par exemple les mythes grecs (eux aussi fondateurs de notre civilisation occidentale). Ces récits ne sont donc pas à prendre au pied de la lettre, mais à interpréter comme des représentations. Ils n'ont rien de sacré, au sens de prescriptions tatillonnes qu'il faut appliquer scrupuleusement. Ils n'en font pas moins sens, et imprègnent en profondeur notre culture. Rien à voir avec la pensée de quelques philosophes du XIXe siècle, qui sans être dénués de tout intérêt, ne sont pas en capacité de remplacer ces textes fondateurs.

Lire ses textes, les analyser, apporte une compréhension du monde, mais aussi des ressorts de notre société. Il ne faut pas croire qu'ils ont été écrits par des imbéciles. Bien au contraire, s'ils ont traversé les âges, c'est qu'ils trouvaient un écho chez des populations qui ont choisi de les conserver et de les transmettre. Certes avec des déformations, ce qui montre que ces mythes sont toujours vivants, et évoluent avec l'histoire et les choix politiques. Un exemple frappant est cité dans l'article. Alors que chez les grecs, l'apport de Prométhée est jugé positif, dans la Bible, tout le livre de la Genèse ne fait que maudire le serpent, celui qui a apporté la connaissance. L'entrée dans la culture, car c'est de cela qu'il s'agit à chaque fois, est vu de manière différente. Or, ces deux courants, le grec et le biblique, sont les deux piliers de notre culture occidentale.

Relire les mythes, en les prenant pour ce qu'ils sont, est un exercice salutaire. Trop souvent, ces livres sacrés sont critiqués pour ce qu'ils ne sont pas, et inexploités pour ce qu'ils pourraient apporter. La faute, bien souvent, aux préjugés et à la bêtise humaine, aussi crasse du coté de ceux qui les sacralisent à l'excès, que de ceux qui les piétinent, justement parce que les autres les sacralisent et en font un usage social jugé "inadéquat". Sortons la Bible du carcan dans lequel ce livre a été enfermé, et redécouvrons-le. Un livre comme celui de Witzel peut être le facteur déclencheur d'une nouvelle vision, permettant de dépasser bien des antagonismes et de réaliser un véritable "saut qualitatif culturel".

Nous ne pouvons pas rester dans le vide idéologique où nous baignons aujourd'hui, et qui n'est porteur que de désespérance. La porte de sortie de l'âge des idéologies, morte en 1989, est peut-être là...

mercredi 12 juin 2013

La consommation collaborative

Je suis allé ce matin à un petit déjeuner organisé par Renaissance numérique sur le thème des nouveaux modes de consommation que permet le numérique, avec comme titre, un peu inexact mais tellement racoleur, de la "fin de la propriété". On avait ce matin les deux intervenants "concrets", airbnb qui fait dans le peer-to-peer pour la location d'hébergements, et autolib, où un loueur de voiture a développé un segment de marché qui n'existait pas et un théoricien, Christophe Bénavent. L'activité était expliquée de manière claire par les deux chefs d'entreprise, avec une vraie plus-value apportée par l'intervention du théoricien, qui a permis de donner une autre dimension à ces témoignages, en les replaçant dans un contexte plus large. Ce type de présentation croisée est très efficace !

Beaucoup de choses tournaient autour de la notion, certes un peu marketing, de consommation collaborative. Le coeur du sujet, c'est que les gains de productivité ne sont plus à chercher dans les modes de production des biens, mais dans les modes de consommation. Ce matin, un exemple simple était donné : le temps moyen d'utilisation d'une perceuse est de 12 minutes, et 50% des perceuses ne sont jamais utilisées, bien que beaucoup en soient équipés. Beau gaspillage ! On pourrait réaliser des économies fabuleuses avec un système permettant de mutualiser les perceuses, et d'en avoir une au moment où on en a besoin, pour le temps (en général court) nécessaire, avec l'assurance qu'elle soit en état de marche, pour un coût infiniment moindre que l'achat d'une perceuse. C'est tout à fait possible grâce au numérique, dont l'un des avantages est de réduire drastiquement les coûts de transaction. On peut ainsi avoir une mutualisation, par le système connu de la location par un professionnel dont c'est le métier, et qui va trouver ses clients bien plus vite et à moindre coût grâce au numérique, mais aussi (et c'est là qu'on entre dans le vif du sujet) par le prêt ou la location en Peer-to-Peer, c'est à dire entre particuliers se retrouvant sur une plate-forme dédiée.

On va générer de formidables économies, en exploitant mieux un capital existant qui est monstrueusement sous-utilisé. Certes, cela aura des limites, et il y a quelques obstacles. Des coûts vont être générés pour l'entretien des biens, car le problème des biens communs, c'est que tout le monde est prêt à en user, mais personne ne se soucie forcément de leur entretien. L'obstacle est plus marqué quand il s'agit de biens "anonymes et standard" comme les vélib, qui connaissent un fort taux de vandalisme et d'absence de précautions de la part des usagers. Par contre, quand on est sur des biens "spécifiques" appartenant à des particuliers, c'est le cas d'un logement, on fait beaucoup plus attention. Il y a aussi des biens qui sont plus "prêtables" que d'autres. Les études montrent par exemple que les vêtements ne sont absolument pas concernés, car trop proche du corps et trop intime. Pourtant, on ne porte qu'une tenue par jour et nos armoires regorgent de vêtements que nous ne mettrons parfois que très rarement.

Il va en découler des modifications sociétales. Avec le développement de tels services, que l'on peut décliner pour à peu près tous les biens "prêtables", il ne sera plus nécessaire d'être propriétaire d'un bien pour en avoir l'usage. La notion de propriété va donc évoluer et se recentrer sur l'aspect "possession" au sens affectif et psychologique. On est propriétaire de biens, certes pour en avoir l'usage, mais également parce que le fait de les posséder nous apporte des satisfactions qui vont au delà du simple fait d'en user. L'exemple type est la voiture. Pour certains (comme moi), la voiture est un objet mécanique me permettant de me déplacer d'un point A vers un point B, pas plus. Pour d'autres, à l'opposé du spectre, leur voiture est quasiment un substitut de phallus, un symbole de leur puissance, un moyen de montrer son statut social ou sa "virilité". Le rapport aux objets et à leur propriété va évoluer de manière fabuleuse.

Cette évolution n'est pas sans risque, car en mutualisant, on se met à la merci de celui qui organise la mutualisation. Il y a toute une réflexion à avoir, elle est déjà commencée d'ailleurs, sur le statut de ces plate-formes d'échanges, qui parfois, sont en situation de quasi monopole. Un seul exemple, le bon coin pour les petites annonces. Ce site est privé, mais pour autant, ses propriétaires peuvent-ils tout faire comme ils l'entendent, changer du jour au lendemain les règles. A partir de quand entre-t-on dans un "service public" et peut-on alors considérer que ces plate-formes sont un "bien commun" dont le propriétaire n'est que l'exploitant financier, mais pas le maître absolu ?

Ce fut un moment très intéressant, et on aurait presque aimé que ça dure plus longtemps.

vendredi 24 mai 2013

Brave pape François

Décidément, ce pape François me plait bien. Malgré une petite bévue sémantique en début de pontificat, avec l'emploi maladroit du très sensible "communautés ecclésiales" (je pense qu'il ne s'est pas rendu compte du sens "romain" de ces termes), il prend des positions qui sont en mesure de rapprocher catholiques et protestant comme cela n'a jamais été le cas dans l'histoire...

Sur le plan théologique, je doute que l'on se rapproche beaucoup. François est très classique sur le sujet. Mais c'est justement le point le moins important, car pour les protestants, la diversité et le pluralisme sont normaux et naturels. Que le catholicisme ait ses spécificités théologiques ne nous dérange absolument pas, bien au contraire, ça enrichit la palette de l'offre. Toutes les sensibilités peuvent y trouver leur compte. C'est sur un autre plan que ça se joue, sur la manière dont l'institution "église catholique" se conçoit et se vit, que ça bouge beaucoup. Depuis le début du pontificat, les messages sont clairs, et surtout, sans le moindre enrobage. C'est du brut de décoffrage. Hier, c'est l'ensemble de l'épiscopat italien qui vient de se prendre un parpaing en pleine tronche. Je cite : "Le manque de vigilance rend tiède le pasteur, le rend distrait, oublieux et même indifférent. Il risque d'être séduit par la perspective d'une carrière, la tentation de l'argent, et les compromis avec l'esprit du monde" et puis, parlant du prêtre qui prend la mauvaise route : il "devient paresseux", il est "transformé en un fonctionnaire, un agent public plus préoccupé de lui-même, de l'organisation et des structures que du vrai bien du peuple de Dieu". J'ai aussi beaucoup apprécié "La maison de Dieu ne connaît pas d'exclusions de personnes et de peuples" et "Nous devons veiller sur le troupeau de Dieu, non en se prenant pour les patrons des personnes qui nous sont confiées, mais en étant pour elles des modèles".

Bien entendu, tous les prêtres et évêques catholiques ne méritent pas une telle remontée de bretelles, et on y trouve des gens très bien. Mais il y en a qui, sans doute happés par la fonction, tombent plus ou moins dans les travers dénoncés par le pape François, avec quelques cas authentiquement pathologiques qui focalisent l'attention et font beaucoup de mal à l'ensemble de la communauté concernée. La dérive que le pape François dénonce avec vigueur est un véritable risque structurel pour toute institution, dans lequel l'église catholique est malheureusement largement tombé, surtout quand se rapproche de la "capitale", Rome. Le Vatican n'est plus un lieu de foi et de témoignage évangélique, mais au contraire, l'équivalent du Temple de Jérusalem au temps de Jésus : peuplé de prêtres et de pharisiens, préoccupés de rites et de droit religieux, sans oublier les affaires et les relations avec le monde politique. Il faudrait relire certains passages des Évangiles en remplaçant le mot "Temple" par "Vatican"...

Les protestants, dès le départ, on refusé cette dérive en limitant au maximum l'institutionnalisation et la bureaucratisation. Moins il y a de structures, mieux on se porte. L'une des formules fondatrices, avec sola fide, sola gracia et sola scriptura, c'est "semper reformanda" : Toujours à réformer. Ne jamais se laisser coincer par la bureaucratisation, n'accorder qu'une valeur relative (voire très relative) aux "fonctions support" qui ne doivent jamais prendre le pas sur l'étude de la Bible et le témoignage, c'est à dire l'application de ce qu'on croit dans sa vie personnelle. Rien ne doit détourner le fidèle de cela. Cette grosse différence d'approche entraine un mode de fonctionnement très différent entre l'église catholique et les églises protestantes, et par là même, une culture différente qui ne favorise pas la communication et le rapprochement. Enfin, il y a le gros souci de l'affirmation catholique selon lequel, hors d'eux, point de salut, et que tous les autres sont dans l'erreur. Là encore, c'est le résultat très prévisible de la bureaucratisation et de l'institutionnalisation. Car dans les faits, ce ne sont pas tant les fidèles catholiques qui affirment ça que les cadres (prêtres mais aussi "laïcs engagés"), et plus on monte dans la hiérarchie, plus l'affirmation est appuyée, au point que ça en devient délirant quand on écoute le Vatican.

Si François arrive à dynamiter cette hiérarchie bureaucratique, à faire éclater cette structure qui aspire complètement les énergies au détriment de la diffusion du message et du témoignage évangélique au quotidien (car c'est ça la préoccupation de François), les choses peuvent évoluer de manière spectaculaire. Si l'église catholique met en sourdine ses prétentions, remet ses fonctionnaires de bureau sur le terrain, et cherche à être un modèle au lieu d'être un donneur d'ordres, elle se rapprochera de ce que s'efforcent d'être les églises protestantes. L'église catholique, si elle va au bout de cette logique, deviendra une église chrétienne parmi d'autres églises chrétiennes, avec ses spécificités théologiques et organisationnelles. Bref, une église "normale", sans doute bien plus conforme au message du Christ que ce qu'elle est actuellement avec ses ors, ses bureaucrates et ses préoccupations de pouvoir et de domination.

samedi 4 mai 2013

Regards extérieurs

Une "enquête" du Nouvel Obs sur la "galaxie catho-réac-décomplexée" fait beaucoup s'agiter le milieu concerné, et notamment ceux qui fréquentent Twitter. L'article, assez long, est en fait la mise en ligne d'un papier destiné au print. Il est donc destiné à une large diffusion auprès du lectorat habituel du Nouvel Obs, lui donnant à lire ce qu'il a envie de lire. C'est le propre de la presse française, et de la presse en général. Ils sont des clients, qui n'achètent que s'ils y trouvent ce qu'ils cherchent, y compris dans l'angle de vue. En cela, le journaliste est davantage le miroir des attentes de ses lecteurs que le fidèle descripteur de la réalité.

Ce papier n'échappe pas à la règle commune, bien au contraire. On est au lendemain des manifs pour tous, qui ont connu un grand succès. Les lecteurs du Nouvel Obs se demandent qui sont ces gens qui ont manifesté, et qui sont franchement en dehors de leurs champs de fréquentations. Leur journal préféré se doit donc de leur offrir une "plongée" dans cette galaxie inconnue pour eux. Mais cela ne doit pas se faire n'importe comment, et la description de l'objet inconnu doit se faire selon des catégories et avec des références familières aux lecteurs du Nouvel Obs. Il faut leur faire découvrir de la nouveauté, mais dans des cadres connus, sinon, le public n’accrochera pas. C'est la règle de base du journalisme que de ne pas trop dérouter son lectorat, tout en lui apportant des connaissances qu'il n'a pas sur un sujet qu'il maîtrise mal, mais où il a envie d'en savoir plus.

Bien entendu, les cathos concernés hurlent après cet article et ses nombreuses erreurs factuelles. Il est vrai que le petit paragraphe sur la "fraternité saint Médard" est à hurler de rire quand on connaît un peu le sujet : "Sous l'égide de Mgr Giraud, chargé des communications sociales, un collectif tout à fait confidentiel, sans site ni page internet, baptisé la Fraternité des Amis de Saint Médard, se réunit tous les deux mois pour faire le point sur les initiatives. Fer de lance de la communication web de l'Eglise, il rassemble les 100 twittos et blogueurs cathos les plus suivis". Je vais régulièrement aux réunions de ce collectif confidentiel, qui au passage, donne les dates et lieu de réunion sur Twitter et sur un site internet. J'y ai croisé Mgr Giraud une fois (il est fort sympathique au demeurant) et il n'est à l'origine de rien ni l'égide de quoi que ce soit. On ne fait pas le point de grand chose et l'activité principale, sinon exclusive est de boire de la bière et de papoter. Enfin, je suis loin d'être catho...

On peut malheureusement craindre que le reste de l'article soit à l'avenant, mélange de faits vrais, de propos véridiques tenus par des personnes interviewées, et d'extrapolations, de généralisations. Quand on est "de l'intérieur", on ne peut pas franchement se reconnaître dans ce miroir, et c'est logique, car il est souvent difficile de se reconnaître individuellement dans un portrait collectif. Pour autant, il y a des choses assez vraies, quand on ne rentre pas dans le détail. Cette image d'une église catholique en pleine communautarisation et en plein repli identitaire autour des fondamentaux catholiques. C'est l'achèvement d'une mutation que tous les observateurs perçoivent. Mais forcément, il y a des raccourcis et des simplifications...

Les catholiques concernés ont pourtant tort de rejeter en bloc cet article, de manière viscérale. Ils ne doivent pas le lire comme la description exacte de ce qu'ils sont, mais comme la description de ce que la couche sociologique des lecteurs du Nouvel Obs pense qu'ils sont. C'est très différent et cela peut être utile, car ils ont un exemple de l'image que d'autres peuvent avoir d'eux, et percevoir ainsi les décalages entre cette description et la réalité de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent.

Il est toujours bon de savoir ce que "l'autre", celui qui est différent (et pas forcément hostile) pense de nous. C'est comme cela et pas autrement qu'il faut lire cet article, et en tirer les enseignements, car quand on lit ce papier du Nouvel Obs sous cet angle, il est très riche d'enseignements pour les catho-réacs-décomplexés.

jeudi 14 mars 2013

Que penser du pape François ?

Les catholiques ont un nouveau pape, j'en suis heureux pour eux, en plus, il a l'air de leur plaire. Cela dit, n'importe quel cardinal élu leur aurait plu, et puis ils n'ont pas le choix, de toute manière, puisque l'église catholique n'est pas une démocratie (même si l'élection du pape est parfaitement démocratique). En tant que protestant, je ne suis pas directement concerné, mais vu le poids des catholiques, je suis forcément impacté par cette élection et par la tournure que François donnera à son pontificat.

Pour le moment, je n'ai pas grand chose à dire sur le bonhomme, sinon qu'il a une bonne tête et a l'air plutôt sympathique. On le dit d'une grande simplicité, sans faste, proche des gens et accessible. Vu des protestants, c'est un très très bon point. On peut même dire que d'emblée, on se sent proche de lui, tant ce refus de la pompe romaine (il est apparu en simple soutane blanche au balcon et a refusé la voiture avec chauffeur) augure d'une manière de "vivre l'institution" qui colle avec l'éthique protestante. On verra comment cela va se traduire dans sa manière de "réformer" la Curie, sujet sur lequel il semble attendu et qui apparait être un élément important de cette élection. Mais au moins, ça change de son prédécesseur, qui aimait beaucoup l'hermine et les somptueux vêtements liturgiques.

Sur le plan purement théologique, il semble être très classique, à savoir anti-mariage homo, anti-avortement, anti-mariage des prêtres. Bref, un prélat catholique "ordinaire". Rien de bien surprenant, tant on imagine mal qu'un profil autre puisse arriver jusqu'au conclave. Le temps où Jacques Gaillot était nommé évêque est révolu depuis très longtemps. Cela ne me dérange pas tant que cela, n'étant pas catholique, je ne suis pas engagé par les prises de positions théologiques des papes. Étant un fervent partisan du pluralisme religieux, j'admets tout à fait que certains puissent penser autre chose que moi, je n'ai pas la prétention de détenir la Vérité (qui à mes yeux, n'existe pas). Cela peut avoir un impact en cas de raidissement, car on va être encore obligés d'agrandir nos temples, pour accueillir le flots d'anciens catholiques qui nous rejoignent. Sur ce plan, je n'ai pas d'éléments me permettant de savoir ce qui va advenir avec le pape François, alors que pour Benoit XVI, on voyait venir de loin.

Le véritable impact que pourrait avoir ce pape sur les protestants ne tient donc pas à sa manière de gérer l'institution "église catholique" ou à ses positions doctrinales et théologique (qui pour autant, peuvent être intéressantes à étudier, comme ce fut le cas pour Benoit XVI). Elles tiennent à ses relations avec les autres confessions chrétiennes. On ne lui demande pas de devenir protestant, mais on se réjouira s'il fait des efforts pour appuyer sur les convergences, pour prendre des positions dans la forme ou sur le fond qui soient acceptables pour tous, catholiques comme protestants. Surtout, on lui demande de nous respecter et d'éviter de nous traiter de "communauté ecclésiale" avec le sous-entendu que les protestants sont inférieurs en dignité par rapport aux catholiques.

Contrairement à 2005, où l'apparition de Ratzinger au balcon n'a suscité chez moi aucun espoir, cette fois ci, je me dis que ce nouveau pape pourrait n'être pas si mal. S'il arrive à ne pas se faire capturer par l'institution dans ce qu'elle a de plus immobiliste et rétrograde. Là encore, au vu de ses premières réactions, on peut espérer que le nouveau pape saura rester sur l'essentiel, à savoir le message évangélique et l'attention aux autres (Protestants compris...).

lundi 11 février 2013

La démission du pape

Je dois avouer une très profonde indifférence vis-à-vis de la démission de Benoit XVI. Alors que les catholiques que j'ai pu croiser depuis ce midi sont un peu "sous le choc", moi, ça ne me fait ni chaud ni froid. C'est vraiment une affaire de cuisine interne pour catholiques. Il est vrai que c'est une démission, pas un décès, et qu'en matière de charisme, Benoit XVI n'a pas grand chose à voir avec son prédécesseur. Rien de comparable donc avec la disparition de Jean-Paul II.

Ce départ est assez conforme à la personnalité de Benoit XVI, un homme intelligent et soucieux de bien exercer sa charge, mais sans charisme. Il a l'intelligence de comprendre qu'il n'a plus rien à apporter, et que ses forces allant déclinant, on va entrer dans une phase de "fin de règne" délétère. N'ayant pas la capacité à "transcender" son déclin, comme a pu le faire Jean-Paul II (sans éviter l'effet fin de règne au sein de l'institution) Benoit XVI choisit de s'effacer pour le bien commun. Une attitude finalement assez en phase avec l'esprit protestant, où c'est le message qui compte, pas son porteur, et où nul n'est irremplaçable. Cette décision était sans doute nécessaire aussi par le besoin de faire émerger une nouvelle génération. Benoit XVI est un contemporain de Jean-Paul II et c'est finalement la même génération qui est restée au pouvoir de 1978 à 2013, sans doute trop longtemps. En restant en place jusqu'à sa mort, qui pouvait se faire attendre quelques années, vu les progrès de la médecine, Benoit XVI aurait complètement sacrifié la génération suivante. L'institution aurait été obligée soit de sauter une génération en élisant un pape quinquagénaire, qui aurait le temps devant lui, mais en frustrant la génération oubliée, soit de ne pas le faire en élisant un septuagénaire qui n'aurait plus l'énergie et la durée devant lui.

L'évènement n'est donc pas la démission de Benoit XVI mais l'élection prochaine de son successeur. Pour le choix de la personne, mais aussi de la ligne "politique" et religieuse. Pour une fois, les cardinaux sont prévenus trois semaines à l'avance, avec un calendrier fixe. Pas besoin d'attendre que le titulaire de la charge veuille bien mourir sans trop trainer, pas de décès-surprise comme pour Jean-Paul 1er. On va voir qui va se présenter au balcon. Personnellement, je connais trop mal ce petit milieu des hautes sphères catholiques pour me risquer à un quelconque pronostic. J'attends donc de voir, sans en espérer grand chose sur le plan religieux.

mardi 15 janvier 2013

Le mandat de trop

En politique, on constate souvent que les élus sont tentés de faire le mandat de trop. Ils sont en place, ils se plaisent et prennent encore du plaisir, rien ne s'oppose à un renouvellement. Pas de rival ou de jeune concurrent aux dents longues, tout l'entourage vous incite à poursuivre. On se laisse aller, par confort, car se représenter est un continuité et demande finalement moins d'effort que d'arrêter et se construire une nouvelle vie (même si c'est la retraite). C'est à la fin de ce mandat de trop qu'on se rend compte qu'il était de trop, car on constate que l'élu n'a rien fait ou pas grand chose, car il n'avait plus l'énergie, plus l'envie souvent, et qu'il s'est laissé vivre. Il décide alors d'arrêter, mais c'est trop tard, il part sur une image moins bonne que s'il avait arrêté avant, il laisse un héritage moins conséquent, plus de choses à rattraper pour le successeur. Parfois, ce départ se fait des conditions moins intéressantes, car l'élu est trop vieux pour reprendre autre chose, alors que s'il avait arrêté avant, il aurait pu se relancer dans un autre domaine et avoir une dernière carrière avant la retraite.

Je me sens aujourd'hui dans la situation de l'élu qui s'apprête faire le mandat de trop, qui l'a d'ailleurs peut être déjà commencé. J'ai fait le tour de mon job, et si je m'y amuse encore beaucoup, je n'apprend plus grand chose. La seule chose qui aurait encore pu me permettre d'évoluer en restant dans la maison se dissous aujourd'hui. Je n'ai objectivement plus aucun intérêt à rester, voire même j'ai intérêt à partir rapidement car le temps que j'y passe encore me fait régresser plus que progresser.

Il va être temps de partir, et c'est un crève-coeur car j'aime cette maison (même si je suis lucide sur ses travers et ses faiblesses). Cela oblige à faire l'effort de s'extraire, et je pense qu'une fois parti, quand je regarderai en arrière, je pousserai un ouf de soulagement en me demandant pourquoi j'ai attendu si longtemps pour partir. C'est comme ça à chaque fois...

lundi 5 novembre 2012

Une question de "Gender"

Parmi les quelques réactions à mon billet de hier, ce billet du pasteur Gilles Boucomont m'a particulièrement intéressé. Il touche, à mon avis, au coeur du problème posé à certains par le mariage pour tous, celui de la différentiation entre hommes et femmes, et donc, de la répartition (ou pas) des rôles. On arrive par ce biais aux thématiques des "gender studies", venues des USA, qui déconstruisent depuis plus de 30 ans les questions de genre, c'est-à-dire la différentiation entre hommes et femmes.

Pour le pasteur Boucomont, et sans doute beaucoup d'opposants au mariage pour tous, la Bible a fondé une différentiation homme-femme, inscrite profondément dans le texte (qu'il développe très bien dans son billet). Ce n'est pas faux. La vraie question est de savoir si on peut dépasser cette différentiation. Pour Gilles Boucomont, la différenciation sexuelle est au cœur de l'identité humaine, avec une complémentarité. Dans un tel modèle, l'homosexualité n'a pas sa place, mais la question est bien plus large que la simple homosexualité. Je pense pour ma part que c'est une vision que l'on peut dépasser, du moins modifier en profondeur, comme on a pu abandonner un certain nombre de choses comme la polygamie et le droit d'aînesse, pourtant pratiqués par les patriarches, et dont certains comme le droit d'aînesse, encore récemment (moins de 300 ans), apparaissaient comme des fondements anthropologiques de la société.

Ce sujet de l'identité "gender" est en pleine effervescence, et à une grande vitesse. Le meilleur exemple est encore celui de la répartition des tâches ménagères au sein d'un couple. Certes, la femme en prend encore beaucoup, mais les hommes accomplissent aujourd'hui des tâches ménagères que leurs propres pères ne faisaient pas, et qu'il ne serait même pas venu à l'idée à leur grand-père qu'un homme put avoir à se charger de cela. Aujourd'hui, la paradigme anthropologique me semble plus porter vers ce qui est semblable que vers les différences entre hommes et femmes. On n'abolira jamais, bien évidemment, la différence physique et physiologique, mais pour le reste, tout est remis en question. Je pense que ce mouvement est irrésistible, mais qu'en même temps, il est à construire. Faut-il des rôles séparés entre hommes et femmes ? Quels rôles ? Tout ou presque est à écrire, et ceux qui refusent absolument cette remise en question anthropologique se condamnent à rester en dehors de l'écriture de cette nouvelle page de l'histoire humaine.

La question du mariage pour tous est pleinement dans la lignée de cette réécriture de la place de l'homme et de la femme dans la perspective du "Gender". Pourquoi faudrait-il qu'un couple soit forcément un homme et une femme ? A partir du moment où on choisit de dépasser l'ancien modèle de différenciation sexuée, pourquoi pas ? On se lance vraiment dans une aventure, car ce que doit être le "nouveau" couple n'est pas écrit et tout peut encore évoluer dans plusieurs directions. C'est là que les églises chrétiennes doivent prendre le train en marche. Le Christ a laissé un commandement principal : "aimez-vous les un les autres", le reste peut évoluer. Pour moi, la Bible, et notamment l'Ancien Testament, c'est l'histoire d'une évolution anthropologique, d'un peuple qui fait quand même beaucoup de conneries et d'expériences douteuses, mais qui garde, malgré tout cela, son statut de "peuple élu". Cela montre que finalement, Dieu se moque sans doute pas mal de nos structures anthropologiques, du moment que l'essentiel, "aimez-vous les uns les autres", soit préservé.

Le tort des chrétiens est de ne pas voir que les choses évoluent, et de rester accrochés à un paradigme anthropologique qui prend l'eau de partout, sans savoir comment faire pour le sauver. Un peu comme l'industrie de la musique face au numérique...

dimanche 4 novembre 2012

Pas le rôle des religions

L'église catholique précise son opposition au mariage "pour tous" et cherche à empêcher cette réforme d'aboutir. Même si les autres religions sont globalement sur la même ligne, c'est l'église catholique qui est en pointe. Ce qui me frappe dans les différentes prises de position des représentants des "grandes religions", c'est justement l'absence de toute référence religieuse...

A quel moment un dignitaire chrétien a-t-il fait référence aux évangiles pour justifier (sérieusement) son opposition à cette réforme du mariage ? J'attends toujours. Les arguments développés sont essentiellement anthropologiques et pas nécessairement irrecevables sur le fond (même si je ne suis pas d'accord avec eux). Mais est-ce le rôle des religieux que de prendre position au nom de l'anthropologie et de la tradition quand celle-ci n'est pas fondée clairement sur une base religieuse indiscutable (à savoir les Ecritures). En prenant de telles positions, les représentants des religions sortent de leur rôle, qui n'est pas de dire comment la société doit être organisée, et encore moins de dire le droit.

Les religions sont là, à mon avis, pour délivrer un message, écrit dans un livre extraordinairement complexe, et auquel le simplisme des positions des dignitaires religieux, catholiques en tête (mais les protestants ne valent pas mieux sur ce coup) ne rend pas justice. La Bible est remplie d'histoires familiales pas très conformes aux modèles. Pour mémoire, Abraham est polygame, David fait tuer légalement un homme pour lui prendre sa femme, Marie est quand même un mère célibataire qui a recours à la PMA. Des personnages bibliques en situation "irrégulière", il y en a un paquet, sans doute plus de de personnages parfaitement conformes à ce que les religieux d'aujourd'hui préconisent pour leurs contemporains.

Je crois profondément que les religions font une erreur fondamentale en adoptant une position sur un sujet tel que le droit matrimonial. Le coeur du message biblique, c'est de prêcher l'amour du prochain. C'est un message qu'il faut sans cesse reformuler, pour l'adapter aux situations, à la vie courante, dans un langage compréhensible par les destinataires. Le religieux, c'est une manière de lire le réel, celui de la vie de tous les jours, et de discerner les choix à faire dans sa manière de vivre et surtout, de se comporter avec les autres. Le rôle des religieux, si tant est qu'on en ait besoin, est d'éclairer et de conseiller. Il n'est certainement pas d'imposer des choix de société.

Au contraire, les religieux doivent accompagner les évolutions de la société, pour adapter le message dont ils sont porteurs aux nouvelles réalités sociales. Comment voulez-vous que la parole chrétienne soit audible auprès des couples homosexuels ? Comment voulez-vous qu'une position purement religieuse sur la question de la parentalité puisse être crédible ? Et pourtant, un regard religieux sur ce qu'il est bon de faire (ou de ne pas faire) serait bien utile à ceux qui se retrouvent à gérer, parfois sans l'avoir vraiment voulu, de nouvelles formes de parentalité, dont l'adoption par un couple homosexuel n'est qu'un exemple. La société a décidé, par la voix de ses élus, mais également par ses pratiques, que la parentalité n'est plus enfermée dans le mariage monogame indissoluble. On peut le regretter, à titre individuel. Mais les religions se doivent d'en prendre acte et de voir comment adapter leur message à ces nouvelles manières de faire famille, plutôt que de s'arcbouter sur les anciennes formes, avec le succès que l'on constate d'ailleurs...

Le risque, pour les religieux, et pour l'église catholique en particulier (vu qu'elle est encore dominante au sein de la confession chrétienne) est de se couper encore un peu plus de la société, et donc, de ne plus être audible. Ce n'est même plus un risque, c'est une réalité. Combien de catholiques sont partis, sans faire de bruit, car ne se sentant plus en phase avec l'institution ? Combien de divorcés sont partis parce que se sentant chassés, au moment même où ils auraient eu plutôt besoin de réconfort. Les attitudes personnelles de religieux, souvent bien plus "compréhensifs" (et c'est tout à leur honneur) ne compensent pas l'intransigeance de l'institution, qui symboliquement, fait mal. En fait, avec sa "croisade" contre la réforme du mariage, l'église catholique ne fait que répéter l'erreur qu'elle commet depuis des siècles de vouloir régenter la société, et que depuis 50 ans, les fidèles n'admettent plus. Et après, ça viendra pleurer sur les églises vides et la chute des vocations...

mardi 4 septembre 2012

Sans le latin...

Benoit XVI vient d'annoncer la création d'une nouvelle académie pontificale pour la langue latine. Au Vatican, dernier endroit où on s'acharne thérapeutiquement sur cette langue morte, c'est un sujet important. Toute la vie de l'institution est liée à cette langue. C'en est pathétique ! Mais également très révélateur d'une institution qui en oublie sa raison d'être pour se regarder le nombril.

L'église catholique a monté toute une structure autour de la Parole, au point de la fossiliser dans une foule d'écrit. on en est arrivé au point de créer un droit religieux. Le tout s'est construit sur le latin, qui est la langue "de référence" afin de permettre la "compréhension" la plus fine et la plus exacte de tout ce qui sort du Vatican. Il n'y a qu'une vérité, elle sort de la bouche du pape, et tout doit être fait pour qu'aucune divergence n'existe, qu'il n'y ait pas le moindre malentendu, du fait de la pluralité des langues existant dans le monde. Le maintien du latin est donc vital pour le catholicisme romain et révélateur de la dérive fondamentale, et malheureusement trop courante dans l'histoire des religions.

Alors que le Christ n'a laissé aucun écrit, a passé son temps à critiquer la rigidité des interprétations des docteurs de la loi de son époque (en violant allègrement certaines prescriptions), certains de ceux qui se réclament de lui ont mis leurs pas dans ceux des pharisiens, en juridicisant sa parole, en la fossilisant, et en essayant d'utiliser cela comme un outil de pouvoir. Le Temple de Jérusalem au temps du Christ, c'est l'équivalent du Vatican aujourd'hui : un lieu qui se veut passage obligé de tous les fidèles, prescrivant des rites (pour son plus grand bénéfice économique) très précis, avec derrière, toute une armada de gens très savants qui passent leur temps à couper des cheveux en huit, à pinailler sur des têtes d'épingle, tout en laissant crever un blessé sur le bord de la route.

Exactement ce que les protestants rejettent. Si le Christ n'a pas laissé d'écrits, c'est volontairement, pour ne pas figer les choses, pour laisser les hommes libres et empêcher des bureaucraties de s'emparer de son message et de le déformer pour en faire un outil de pouvoir.

lundi 28 mai 2012

Et Dieu dans tout ça ?

Le Vatican est au coeur d'un tempête, à la suite de révélations sur son fonctionnement. Un livre vient d'être publié, en italien, sur les "dossiers secrets" de Benoit XVI. Il s'agit d'un livre de journaliste, donc écrit pour être un best-seller, avec des "révélations", mais très bien documentés.

On y apprend en gros que c'est le bazar au Vatican, que Benoit XVI est complètement largué, qu'il existe des luttes de pouvoir féroces, et qu'un cardinal semble être particulièrement visé. Le majordome du pape, un très proche a été arrêté, le banquier du Vatican a été viré brutalement. On apprend que l'an dernier, un autre cardinal, qui avait remis de l'ordre dans les finances, supprimant au passage pas mal de détournements de fonds, a été "muté" car il avait dérangé trop de magouilles. Je vous passe les histoires de scandales sexuels et les dessous de la réconciliation avec les intégristes. Bref, nous sommes dans une institution de pouvoir "normale", où une bureaucratie a produit toutes les dérives habituelles, c'est à dire qu'elle a favorisé sa survie et les intérêts de ceux qui la dirigeaient.

Le souci, c'est que cette bureaucratie se présente comme étant au service de Dieu et du message de l'Evangile. Là je tousse. Je serais curieux de connaitre le nombre de personnes de ces hautes sphères du Vatican qui travaillent réellement sur l'évangélisation. Je voudrais bien savoir aussi en quoi un Etat et une telle bureaucratie sont utiles à l'oeuvre religieuse ? La Croix élude soigneusement cet aspect, qui est pourtant criant. On a vraiment envie de se demander : "et Dieu dans tout ça ?". Il est absent...

Si le Christ revenait aujourd'hui et arrivait au Vatican, comment réagirait-il ? Il mettrait sans doute tout le monde dehors, comme il l'a fait pour les marchands du Temple, qui n'étaient qu'une couche parasite de la religion, comme l'est toute cette bureaucratie vaticane. L'exemple du protestantisme montre qu'on peut très bien se passer de ça pour vivre une foi chrétienne, et qu'on s'en porte même beaucoup mieux.

mardi 20 mars 2012

Emballement émotionnel et expression sociale

Le drame de Toulouse sature complètement les médias, au point d'en perturber la campagne. C'est vrai qu'avoir un forcené dangereux dans la nature est anxiogène, c'est vrai que voir des enfants massacrés à la porte de leur école est une chose horrible. Mais des drames de ce genre, il en arrive malheureusement trop souvent, notamment des drames familiaux. Des forcenés qui tirent sur tout ce qui bouge, on en a malheureusement trop souvent aussi. Sauf que cette fois ci, il est sans doute un cran au dessus du forcené habituel. Et en plus, il s'attaque aux juifs, ce qui provoque toujours des réactions particulières, tant le sujet est sensible. Tous les ingrédients sont donc réunis, à haute dose même, pour un emballement médiatique...

Bien que j'ai de la compassion pour les victimes et que je déplore profondément ces drames, que ce soit celui de Toulouse ou de Montauban, je ne me sens pas concerné plus que cela. Ce matin, j'ai déposé mes enfants à l'école comme d'habitude, ni plus ni moins anxieux. Il n'y a objectivement pas plus de danger que d'habitude. Il est vrai que je n'ai pas la télévision, que je n'écoute pas la radio (sauf FIP et Fréquence Jazz) et que je m'informe par le biais de médias me permettant de sélectionner et de ne pas subir des flux programmés par d'autres. Le déferlement émotionnel ne m'a pas touché, et si je peux comprendre les réactions collectives d'émotion, je ne m'y associe pas. Ce qui me dérange, c'est qu'il a fallu attendre le massacre de Toulouse (des enfants devant leur école) pour que ça bouge. Apparemment, des militaires d'origine maghrébine, ça ne suffit pas pour émouvoir. C'est d'ailleurs clairement exprimé dans les médias : on parle d'abord de l'affaire de Toulouse, et on ne fait qu'y associer l'affaire de Montauban. Les enfants juifs, ce sont de "meilleurs clients". N'étant pas "émotionné", je ne peux pas m'empêcher de voir ce biais.

Je suis en fait très partagé face à cet emballement médiatique. Je suis toujours profondément agacé par ces déferlements d'émotion dont nous gavent les médias, prompts à faire pleurer dans les chaumières parce que c'est ça qui fait de l'audience. Il y a un coté charognard chez eux (c'est le système que je critique, pas nécessairement les journalistes), qui en font des tonnes sur le moment, avant de passer à autre chose. En même temps, c'est notamment par ces moments de "communion émotionnelle" qu'on "fait société", qu'on se retrouve autour de choses qui nous parlent, qui nous permettent de poser les limites et les marqueurs. On n'est plus dans l'émotion seule, mais dans l'expression collective de valeurs, que l'on renouvelle au moment d'une transgression. C'est rassurant qu'une société soit capable de s'exprimer ainsi, même si c'est par le canal de l'émotion. Cela prouve qu'elle existe encore.

La difficulté devant un tel événement est qu'il est complexe. On peut avoir des réactions différentes suivant le plan où on se situe. Pour l'immense majorité des français, c'est une relative indifférence avec de la compassion pour les victimes. Pour les habitants du Sud-Ouest, où le forcené est toujours dans la nature, c'est de l'anxiété et une identification plus forte, vu la proximité du drame. Mais les réactions peuvent aussi se placer sur le plan purement collectif. Pour les politiques, et singulièrement les candidats à la présidentielle, la réaction ne peut être que l'accompagnement de l'émotion collective. Ce qu'ils pensent et ressentent à titre individuel ne compte pas, leur rôle public l'emporte, et il est clairement d'être sur place et d'exprimer, de se faire les porte-parole du collectif. C'est leur job.

samedi 10 mars 2012

Sic transit gloria mundi

Félicien Marceau vient de mourir. Son nom ne vous dira sans doute pas grand chose, sinon rien. Et c'est normal. Ecrivain à succès, bien introduit dans les réseaux littéraires, il a collectionné plusieurs prix dont le Goncourt en 1969. Enfin, summum de la carrière, il a été élu en 1975 à l'Académie Française. Jusque très tard, il a continué à écrire, et pourtant, il est tombé dans l'oubli de son vivant, à un point assez hallucinant. Qu'un membre de l'Académie Française soit si obscur est étrange, tant cette maison sélectionne très soigneusement ses membres (j'espère que le filtre fonctionnera pour un homme-tronc lecteur de prompteur et plagiaire à ses heures). C'est le signe qu'on est du "milieu", celui qui protège de tout, même du fait d'avoir été collabo sous l'occupation, et aide grandement à rester visible, même quand on n'apporte plus rien. Jean d'Ormesson en est l'exemple même: s'il ne passait pas régulièrement à la télévision comme chroniqueur, il serait un autre Félicien Marceau, son œuvre littéraire n'ayant pas un niveau qui le sauvera de l'oubli.

Cette mort dans l'oubli m'a frappé, car quelque part, c'est un peu triste pour un écrivain d'être oublié de son vivant, quand d'autres sont publiés dans la pléiade de leur vivant. De ceux là, des oubliés, on parle peu. Une nécrologie au moment de leur décès (celle du Monde est un assassinat post-mortem) et puis c'est tout. Alors qu'au moment de leur "optimum", ils étaient reçus dans le tout-paris, faisaient jouer leurs pièces à la Comédie-française. Et voilà ce qu'il en reste. Cela permet de relativiser beaucoup l'actuelle "gloire" de ceux qu'on voit partout, qui dinent tous les derniers mercredis du mois au Siècle, qui publient les livres comme ils veulent, même si ce sont des bides et des plagiats. L'histoire fait toujours le tri, souvent après leur mort, parfois avant, ce qui est encore plus cruel. Il arrive qu'elle se déjuge et fasse revenir un oublié en pleine lumière, mais c'est rarissime. Je doute que "Bergère légère", succès de l'année 1953, soit réédité avant longtemps.

Sic transit gloria mundi. Ainsi passe la Gloire du monde.

samedi 17 décembre 2011

Le mercantile et la culture

Au hasard de mon fil twitter, je suis tombé sur un lien qui m'a amené sur cet article qui est l'expression même ce que j’exècre dans notre société : "Affirmer sa singularité, exprimer ses différences en consommant, voilà une nouvelle frontière à explorer pour les marques".

Les agences de comm' sont toutes en train de nous seriner ce même refrain sur l'air du "les marques sont formidables" et autre conneries marketing. C'est peut être le danger majeur qui va tuer l'âme de nos sociétés en laissant le commerce et la mercantilisation envahir tout, y compris un espace qui devrait rester public et en dehors esprit marchand. Malheureusement, le mal est déjà profond. Il n'y a qu'à voir ce que nous donnons à nos enfants à regarder, à entendre pour les distraire et leur permettre de construire leur imaginaire. Pleins de choses sous droits d'auteurs, exploitées jusqu'au trognon sous forme de produits dérivés. Il n'y a plus guère que les comptines anciennes, celles que l'on pense immémorielles (mais qui ne sont pas si vieilles) qui échappent encore à l'emprise des "marques", et encore, si elle pouvaient les faire passer sous copyright, elles se précipiteraient.

Dans cet article, on nous explique béatement que la construction de soi, de son identité, passe nécessairement par la consommation. Déjà rien que ça, je hurle. Mais ça continue, en nous vantant que des marques sont porteuses de valeurs, et que finalement, le but ultime est de nous transformer en sous-produits de la marque, écervelés et soumis au diktat de son "branding". Apple a réussit cela de manière magnifique, nombre de personnes que l'on pense sensées et équilibrées deviennent des bêtes furieuses dès que l'on critiquer un tant soit peu la marque à la pomme. Tous veulent en arriver là, dans le but unique de nous soutirer encore et toujours plus d'argent. S'il faut saloper une culture, détruire des mythes, des façons d'être ou de faire qui font sens, mais gênent le commerce, aucune hésitation, on casse tout !

Il faut bien se rendre compte que derrière tout ce discours mielleux, la responsabilité sociale, l'éthique et les valeurs en général, les marques et les entreprises n'en ont strictement rien à foutre ! Ce qui compte, c'est que l'argent rentre, et tout le reste est subordonné à cet impératif. J'ai du mal à croire que ceux qui travaillent au coeur de ce système de décérébrage massif, comme les agnces de communication, ne s'en rendent pas compte. Soit on a affaire à des cyniques, soit à des imbéciles.

dimanche 23 octobre 2011

Christianophobie ou catholicophobie ?

Un débat agite la blogosphère catholique, avec un billet de Koztoujours et un autre du Chafouin. Ils répondent à d'autres prises de position, notamment celle du très conservateur (c'est pour être gentil) institut Civitas qui dénonce une christianophobie. L'affaire est grave, puisque même la conférence des évêques de France s'est exprimée. Le problème, deux pièces de théâtre subventionnées, du genre truc à intellos dont même Arte ne veut pas, qui attaqueraient la figure du Christ.

Bien que chrétien moi aussi, j'ai une approche totalement différente de mes "cousins en religion" catholiques. Tout cela me laisse profondément indifférent, car je ne me sens absolument pas concerné par cette prétendue "christianophobie". Je ne crois pas du tout que ces pièces de théâtre attaquent le Christ en lui-même. Ils attaquent la manière dont certaines confessions se représentent le Christ. Bref, ils attaquent un symbole, c'est-à-dire une image, mais aussi (et c'est le plus important) les conceptions philosophiques, politiques, religieuses qui sont derrière cette image. L'exemple le plus frappant était celui de Piss Christ, cette photo d'un crucifix plongé dans de l'urine. Clairement, c'est le symbole qui est attaqué, et il visait les catholiques. Du côté des protestants réformés (chez moi, je ne parle pas pour les autres confessions protestantes) vous verrez très peu, sinon pas du tout de crucifix. Tout au plus des croix sans rien dessus. Vous ne verrez d'ailleurs pas beaucoup d'objets et de symboles, ni dans un temple, ni dans la liturgie, car le seul objet mis en valeur est la Bible (vous en trouverez une ouverte dans tous les temples) et le centre du culte est la prédication, la Parole. Certains peuvent vouloir faire de la protestantophobie, mais ils n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher, à part le contenu de la Bible. Et là, on les attend s'ils veulent attaquer, il va falloir qu'ils viennent sur notre terrain, celui du texte et de sa compréhension. Qu'ils pissent sur une Bible ou qu'ils la brûlent nous indiffère totalement, nous n'avons pas d'objets sacrés.

Cette absence de symboles matériels s'accompagne d'une doctrine qui refuse les dogmes, et qui refuse encore plus de convertir l'autre. Nous tenons la Bible à disposition, nous échangeons avec ceux qui viennent, nous ouvrons des fenêtres à ceux qui ne connaissent rien à Dieu et à la Bible et qui, par une rencontre avec ce texte, peuvent complètement réorienter leur vie. Ou ne pas le faire. On ne leur en voudra pas car nous respectons avant tout la liberté de l'autre, surtout sa liberté de ne pas nous ressembler. Le prosélytisme est une violence, car c'est affirmer que "mes" convictions sont meilleures que celles des autres, et qu'en conséquence, les autres doivent adopter mes convictions. On trouve cela beaucoup en politique, et cela suscite des réactions parfois violentes et souvent pas fines du tout. Il en va de même en religion.

En fait, ce que les "agresseurs" attaquent, c'est la prétention de l'église catholique à détenir la Vérité et d'avoir pour mission de la faire adopter par tous. Beaucoup des prises de paroles des responsables religieux ne sont pas autre chose ! La frontière entre l'exposé de convictions et l'injonction de les prendre en compte est souvent franchie. C'est ça qui coince, car notre société n'accepte plus que des institutions, au nom d'une autorité non démocratique, prétendent imposer (ou empêcher) des lois, prétendent imposer leurs idées. Les catholiques qui brandissent comme un étendard leur catholicité sur la place publique ne font que récolter ce qu'ils sèment. Si les réactions en face sont violentes et mal vécues par les catholiques, il faudrait peut être qu'ils s'interrogent un peu sur la manière dont sont perçues les prises de position publique de l'église catholique...

Quand on descend dans l'arène, on en assume les conséquences !