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mercredi 31 janvier 2007

La réflexion en chambre, contre Jules

Jules de diner's room nous livre une très belle analyse juridique des propos de Nicolas Sarkozy sur le droit de grève et ses projets de réforme (que j'ai déjà évoqués). C'est beau, bien huilé, mais c'est de la réflexion en chambre, totalement déconnectée des réalités, comme malheureusement trop de juristes la pratiquent.

Sur le terrain, voilà comment cela se passe. Les grévistes exercent des pressions sur les salariés pour que tous fassent la grève. Celui qui refuse et qui prend le contre-pied du mouvement se fait traiter de "jaune" et autres gentils qualificatifs. Il se marque, pour le temps de la grève, mais aussi après. Il devient le vilain mouton noir. Pour un salarié lambda, une telle position peut être qualifiée de courageuse, mais aussi de stupide. Beaucoup le pensent et même s'ils ne sont pas d'accord avec le mouvement de grève, ils s'écrasent pour ne pas avoir d'ennuis. Et on peut les comprendre !

Dans cette situation, le beau raisonnement de mon ami Jules est "pur esprit", et les politiques sont là pour régler les situations concrètes, pas pour faire oeuvre de perfection intellectuelle. Sur ce sujet, Nicolas Sarkozy prend les choses comme elles sont et annonce les résultats qu'il entend obtenir. Il souhaite que les non grévistes ne soient pas obligés de "fermer leur gueule" et aient des moyens de donner leur avis. Il constate que les moyens juridiques actuels ne sont pas opérants, constat que je partage pleinement ! Il propose donc la mise en place d'outils nouveaux, que l'on peut espérer plus efficaces.

C'est à partir des réalités du terrain qu'il faut baser les propositions et les choix politiques. Et la situation du terrain n'entre pas forcement dans les cases prévues par les textes normatifs. C'est le drame des juristes que de parfois se focaliser sur la forme au détriment du fond.

mardi 30 janvier 2007

Club d'animation

L'église anglicane veut redynamiser ses paroisses en utilisant du U2 dans les offices et en disposant les chaises et bancs de manière à pouvoir bouger, taper dans les mains et danser. On tombe là dans le ridicule le plus profond.

La célébration des offices religieux doit d'abord être un moment de spiritualité. Le fond doit primer absolument. Qu'ensuite, la forme puisse être festive, dansante, colorée, musicale, pourquoi pas, si c'est ainsi que le fond s'exprime. Les offices chez les charismatiques catholiques ou les protestants évangéliques sont très animés, très vivants, très musicaux. C'est pour eux un moyen privilégié d'exprimer leur foi, qui est d'abord émotionnelle et démonstrative. Mais croire que leurs temples sont pleins parce qu'il y a de la musique, des danses est une lourde erreur d'analyse. Si beaucoup sont séduits par cette forme de religiosité et d'expression de leur foi, c'est bien pour le fond qu'ils viennent et qu'ils reviennent. L'ambiance est sympa, mais c'est un plus, s'il n'y avait que cela, nombre de personnes ne viendraient qu'une fois ou deux et repartiraient.

L'église anglicane (et dans une moindre mesure l'église catholique) s'alarme de l'effondrement de la pratique religieuse. Leurs églises sont vides et ils ne savent plus quoi faire pour les remplir. Qu'ils s'inquiètent de cette désaffection est un bon signe, mais la réponse qu'ils tentent d'apporter est révélatrice de leur total décalage avec les attentes des fidèles et de leur incapacité à leur apporter ce qu'ils attendent. L'église anglicane me fait de plus en plus penser au PCF : un appareil, une hiérarchie et de moins en moins de militants, au point que la structure en est à se chercher une raison d'exister.

Plutôt que de mettre du U2, ils devraient plutôt s'interroger sur la motivation et la raison d'être de l'office dominical. Est-ce utile d'y venir, est-ce là le lieu essentiel où se vit l'expérience religieuse ? Si les fidèles ne viennent plus, c'est soit qu'ils n'ont plus la foi, soit qu'ils n'estiment plus nécessaire de venir aux célébrations dominicales. Ce n'est pas en transformant les églises en pistes de danse qu'on les fera revenir. Toutes les confessions n'ont pas ce problème de taux de fréquentation (même s'il baisse globalement), parce que certains proposent quelque chose qui fait se déplacer les gens. A chaque fois, la présence à un office "ordinaire" est un moment où on participe à la vie d'une communauté, d'un groupe auquel on se sent appartenir. Cela peut être une communauté de pensée (croyances communes), une communauté de recherche (de Dieu par exemple), une communauté protectrice où on puise de l'énergie, de la joie. Aujourd'hui, on ne vient plus aux offices par devoir, mais parce que l'on en a envie, parce que cela nous apporte quelque chose.

Que les anglicans lancent plutôt une vaste réflexion sur leur foi, sur ce qu'ils proposent comme réponse aux grandes questions humaines, pour savoir s'ils forment toujours une communauté vivante, qui donne envie d'y venir, qui a sa raison d'être parce que porteuse d'une offre spirituelle spécifique. Elle peut aussi s'interroger sur la place que prend le culte dominical dans la vie chrétienne. Chez les protestants réformés, la présence au culte n'est pas une obligation, on est chrétien dans les actes de vie courante, dans l'attitude que l'on a tous les jours, pas parce que l'on fait l'effort de se lever le dimanche matin. On relativise alors beaucoup les vides dans une assistance.

lundi 22 janvier 2007

Un homme de Bien

L'abbé Pierre vient de mourir. C'est une personnalité exceptionnelle qui nous quitte. Les français ne s'y sont pas trompés et ont toujours plébiscité cet homme qui s'est dévoué coprs et âme pour la mission qu'il s'était assigné.

L'abbé Pierre a été et restera encore longtemps un symbole, celui du vrai engagement chrétien. C'est un religieux, un moine capucin, ordre mendiant et mystique. C'est un engagement premier, pris très jeune, qu'il n'a jamais renié, mais qu'il n'a jamais mis en avant non plus. L'abbé Pierre, avant d'être un religieux, était un homme, ordinaire, avec ses faiblesses qu'il a eut la force de reconnaitre et d'assumer, sans en faire étalage ni exploitation. C'est un homme qui a commis des erreurs, qui s'est trompé, qui l'a reconnu. Il y a toujours eu chez lui une primauté de ce qu'il faisait sur ce qu'il était.

Bien que médiatique, il a toujours su éviter les pièges du système car il y allait non pas par narcissisme, mais pour défendre des causes qu'il estimaient juste. Les médias existent, il faut les utiliser, avec pragmatisme. Comme pour toute chose, c'est la dose qui fait le poison, et l'abbé Pierre a toujours su se préserver en ne dépassant pas les doses prescrites. Un modèle pour nous tous, qui sommes trop souvent fascinés par les médias comme les papillons par la lueur de la lampe. On sait comment finissent les papillons qui s'en approchent de trop près...

C'est cette sincérité, cette vérité de l'homme que les français ont plébiscité. C'est rassurant de voir que l'engagement total, l'effacement de soi pour une cause recontre encore une forte adhésion. C'est un souffle qui peut porter tout ceux qui, sans visibilité médiatique, en silence, sans ostentation, accomplissent une oeuvre au service de leur prochain, dans le sens de ce que leur demande le Christ dans les évangiles. Souvent, ces hommes de bien, on les trouvent aux marges, voire en dehors des institutions religieuses. Cela devrait interpeller tous nos officiels de la religion, qui se prétendent détenteurs d'une vérité qu'ils ne mettent pas vraiment en oeuvre.

Si l'église catholique ne canonisera sans doute jamais l'abbé Pierre (trop libre par rapport à l'institution ecclésiastique), la population française l'a déjà fait et elle a eu raison. Elle aura discerné ce qui essentiel et ô combien difficile à mettre en oeuvre, le don total de soi. Qui serait capable aujourd'hui de suivre son exemple et son choix de vie et de s'y tenir pendant près de 75 ans ?

samedi 20 janvier 2007

La souffrance n'autorise pas tout

La shoah a été un crime abominable et il en faut en garder la mémoire, pour les victimes, mais aussi pour que jamais un tel crime ne puisse se reproduire. Pour autant, faut-il imposer et afficher cette mémoire partout et en faire un pivot dans la construction de notre identité nationale ?

Je suis plus que réservé sur la décision de Jacques Chirac de faire entrer les "justes" au Panthéon. Le Panthéon, c'est un haut lieu de la mémoire de la Nation et de la Patrie. C'est là que sont honorés les héros de la communauté nationale française. La Shoah, c'est la douleur et la mémoire d'une communauté particulière, mais pas forcement de la Nation française dans son entier. La faire entrer au Panthéon, c'est lui donner un statut "national" qui, à mon avis, ne lui revient pas. A ce train là, toutes les communautés vont demander une plaque au Panthéon.

C'est le point d'orgue d'une politique visant à sanctuariser à et imposer à tous cette mémoire. On a commencé par interdire de la contester, sous peine de sanctions pénales. Sont venues ensuite les rappels, les commémorations hautement médiatiques. J'ai toujours été gêné de ces plaques systématiquement apposées devant les écoles parisiennes, rappelant la déportation des enfants juifs. Que l'on préserve leur souvenir, oui, mais l'apposition d'une plaque sur un lieu ne devrait être réservé qu'aux évènements spécifiquement marquants et singuliers au lieu. Une plaque sur la maison d'Izieu d'où sont partis les enfants juifs déportés, oui, cela a un sens, qu'il ne faut pas banaliser en mettant des plaques partout.

On peut, sans nier sa réalité, affirmer qu'une souffrance ne donne pas tous les droits, notamment pas celui d'imposer plus que nécessaire sa mémoire particulière aux autres.

vendredi 19 janvier 2007

Vers un régime présidentiel ?

A la suite de mes collègues économistes de Lieu-Commun, je me penche sur le discours de Sarkozy lors de son sacre, le 14 janvier dernier. C'est l'aspect "institutions" qui fera l'objet de mon exégèse (cela s'appelle la division du travail). Même si on trouve peu de propositions précises dans ce qui est d'abord un discours de politique générale, il y a quand un peu de matière.

On sent dans le discours de Sarkozy une tentation d'aller vers un régime présidentiel : "un Président qui s’explique devant le Parlement. C’est un Président qui gouverne. C'est un président qui assume. On n'élit pas un arbitre mais un leader". En cela, il s'éloigne un peu de la pensée gaullienne, où le président est d'abord un arbitre et quelqu'un qui fixe les grandes orientations. C'est l'esprit de la présidence de Chirac, surtout lors de son deuxième mandat.

L'idée de faire bouger un peu les choses n'est pas mauvaise, car l'articulation président-premier ministre est assez insatisfaisante. Notre consitution prévoit que c'est seulement le premier ministre qui est responsable politiquement devant le Parlement. S'il doit assumer seul les conséquences politiques, il faut qu'il ait l'entière maîtrise des décisions, ce qui n'est pas le cas en France (hors périodes de cohabitation). Le premier ministre ne fait que mettre en musique les décisions prises ailleurs, par un président qui peut ainsi décider sans jamais pouvoir être mis en cause politiquement. C'est ce hiatus qui est pointé par Nicolas Sarkozy quand il parle d'un président qui décide (ce qui est déjà le cas) mais qui également assume (ce qui devrait être le cas). Cette position, pour logique et saine qu'elle soit, pose quand même la grande question de la nature du régime : présidentiel ou parlementaire ?

Cela amène à repenser la notion de responsabilité politique. Formellement, il n'y a pas de mécanismes de censure faciles à mettre en oeuvre dans la constitution des USA, et pourtant, le président doit assumer la responsabilité politique de son action. Mais au lieu de la voir engagée dans un débat parlementaire, c'est devant le peuple que cela se joue, lors des très réguliers scrutins nationaux. Le test politique, il est tous les deux ans, lors des élections présidentielles, mais également aux mid-terms. Finalement, un mécanisme de responsabilité politique de type parlementaire n'est pas une nécessité, à condition que l'on mette en place les mécanismes d'une responsabilité politique démocratique. Reste à savoir ce que proposerait ceux qui souhaitent un passage au régime présidentiel.

Ce débat est dans l'air depuis quelques années en France, avec des intiatives telles que la 6ème république. Il n'est pourtant que parcellaire, car posé en termes trop abrupts et trop larges. Pendant ce temps, la présidentialisation avance à petites touches, avec d'abord le quiquennat, puis dernièrement la réforme pas si anodine du statut pénal du chef de l'Etat (voir les excellents billets de Paxatagore). On se retrouve ainsi avec un mandat raccourci pour le président, qui est aligné sur celui des députés, avec immédiatement concommitance des dates d'élection. On se retrouve aussi avec une procédure proche de l'impeachment américain. Il ne reste plus grand chose à faire sinon supprimer le droit de dissolution du président et la possibilité pour l'Assemblée nationale de renverser le gouvernement (ou les rendre difficiles à mettre en oeuvre et de ce fait très exceptionnels). On se retrouvera ainsi sans trop s'en être rendu compte dans un régime présidentiel.

C'est un changement majeur, pas seulement dans les textes, mais aussi dans l'esprit et dans la manière de faire de la politique. Cela implique d'avoir un Parlement fort, des députés réellement indépendant du pouvoir exécutif. J'ai peur que dans notre système où le poids des partis politiques est important, où des habitudes (pas forcement bonnes) ont façonné les comportements et les réflexes politiques, cela n'amène qu'à davantage de subordination du Parlement, qui n'aurait même plus l'arme (très théorique il est vrai) de la censure. Le Congrès américain est fort car le système de partis américain est très souple et très ouvert. Notre classe politique saura-t-elle, voudra-t-elle s'adapter pour faire fonctionner au mieux de telles institutions ? Peut-être que oui, il ne faut pas non plus être trop pessimiste sur notre capacité de réforme.

Ce n'est que le début de la campagne et il reste du temps pour que Nicolas Sarkozy précise sa pensée. Je souhaite qu'un véritable débat s'engage sur ce sujet d'une éventuelle présidentialisation du régime, car dans cinq ans, il sera peut-être trop tard, le pas pouvant aisément être franchi.

vendredi 12 janvier 2007

Textes sacrés

J'ai lu dernièrement deux ouvrages sur les textes sacrés des chrétiens. Le premier, "la Bible dévoilée" est écrit par deux archéologues qui révolutionnent complètement notre approche de l'Ancien Testament. Pour résumer, La Bible telle que la connaissent les juifs et les chrétiens a été compilée et mise par écrit au VIIe siècle avant JC, juste avant la chute de Juda face aux envahisseurs égyptiens puis assyriens. Les textes de l'Ancien Testament sont des mythes (au sens religieux) réécrits pour les besoins de la cause à un moment X. Par la suite, d'autres textes se sont rajoutés au canon biblique, notamment ceux de l'exil et des périodes qui ont suivi.

Le deuxième ouvrage s'intitule "Jésus après Jésus" et porte sur l'écriture des Evangiles et du Nouveau Testament. Il montre que Jésus n'a rien écrit directement, qu'il était juif, se pensait juif et n'aurait jamais imaginé fonder une nouvelle religion. Ceux qui ont créé le christianisme, ce sont d'autres qui sont venus après, dont le premier fut Paul de Tarse. Ce sont eux qui ont écrit les Evangiles et les différentes Epitres. Chaque église, chaque lignée théologique a écrit ses propres ouvrages, en positif, mais aussi en réaction aux écrits des autres groupes qui se réclamaient aussi du Christ.

Ces deux livres ont en commun d'être bien écrits, passionnants et très sérieusement documentés. Ils sont dans une même optique de lecture "non croyante" des textes sacrés, démarche pas si fréquente à ce très haut niveau intellectuel. A chaque fois, ils nous montrent que nos "livres sacrés" sont en fait la cristallisation de croyances, de combats, de polémiques à un moment donné, dans un lieu donné. En tant que tels, ils sont datés et il ne faut surtout pas les prendre au pied de la lettre.

Cela ne les empêchent pas d'être des supports d'une croyance, car nos livres sacrés s'inscrivent dans une tradition très ancienne, qui remonte au coeur de l'humanité, avant même les temps historiques. Elle dépasse largement les livres et aucun ne peut prétendre la contenir en entier, car elle faite de convergences, mais aussi de tensions et de contradictions. Pourtant, ils nous parlent parce que les attentes profondes de l'homme n'ont pas changé fondamentalement. Ses questionnements sur la mort, l'existence d'un au-delà qui ne nous serait pas accessible, les raisons de notre existence sont toujours autant d'actualité. Loin de nous offrir un monolithe qu'il faut prendre en bloc, cette tradition a donné naissance à des rameaux qui ont évolué avec le temps, qui continuent d'évoluer pour suivre l'homme dans son cheminement. Certaines branches ont prospéré, d'autres sont mortes, parfois pour renaitre quelques siècles plus tard. Les influences sont multiples et c'est ce qui fait la richesse de cette voie qui a structuré en profondeur l'Occident dans ses manières de voir et de penser le monde.

Merci aux auteurs de ces deux sommes, références qui devraient être dans toutes les biliothèques, celles des croyants, mais aussi celles des non-croyants.

mardi 9 janvier 2007

Siège éjectable

Monseigneur Wielgus n'aura fait qu'un très bref passage à l'archevêché de Varsovie. Il a été poussé à la démission par la révélation de contacts anciens avec la police politique du régime communiste, dont il était un informateur. Un de plus, victime d'un passé mal purgé. La situation de cet évêque est pourtant plus complexe. D'abord, je partage pleinement l'analyse de Krysztoff sur le maniement remarquable de l'ambiguité par l'église catholique, qui s'arrange pour avoir des oeufs dans tous les paniers. Monseigneur Wielgus était simplement dans le mauvais panier. Ensuite, il y avait la situation de l'époque. Plutôt que de condamner sommairement, je préfère comprendre.

Avant 1989, l'église catholique était le principal foyer d'opposition au régime. Comment s'imaginer qu'elle ne soit pas sous une étroite surveillance. D'ailleurs, quels faits précis sont reprochés à l'archevêque ? D'avoir informé, il est loin d'être le seul ! Quelles informations a-t-il transmises ? Quelles ont été les conséquences directes de ce qu'il a pu donner ? C'est facile, 17 ans après, de juger. Il faudrait se remettre dans le contexte de l'époque, avec la pression qui s'exerçait. Le régime communiste polonais était dur, Jaruselski n'avait rien d'un tendre, ses sbires encore moins. Alors, donner quelques informations que l'on pouvait juger anodines, pour avoir la paix, pour que sa famille ne soit pas tracassée, pour préserver d'autres membres du clergé moins solides, éventuellement par ordre des supérieurs qui pouvaient ainsi "contrôler" des fuites qu'ils savaient ne pas pouvoir empêcher, et quoi d'autre encore. Le pardon, l'oubli et la réconciliation ne semblent pas être à l'ordre en Pologne.

Cela ressemble bel et bien à une opération barbouzarde, une magnifique déstabilisation d'un clan par ses adversaires. Certains au sein de l'église polonaise ne souhaitaient pas la promotion de ce candidat. Ils l'ont donc flingué avec ce qu'ils avaient en magasin, un missile imparable en Pologne : "collaborateur de l'ancien régime". Que cette information sorte juste au moment de sa nomination comme archevêque et primat de Pologne n'est pas le fruit du hasard mais de la manipulation. Monseigneur Wielgus était déjà évêque depuis 1999, sans que personne ne trouve à y redire et surtout n'aille exhumer son passé. D'ailleurs, qui a réellement examiné le dossier, qui a vérifier que les charges lancées correspondent à une réalité ? Il est parfois arrivé que des accusations soient lançées sans fondements, mais atteignent leur cible, contrainte à la démission.

Ce n'est pas la première fois en Pologne, ou dans d'autres pays de l'anciennne Europe de l'Est que des personnalités en vue tombent suite à la "révélation" de leur passé. Plus ce passé s'éloigne, plus ces "révélations" tendent à devenir des armes dans les règlements de compte politique, un moyen bien commode de disqualifier ses adversaires. Une arme d'autant plus efficace qu'elle permet à une jeune génération, peu compromise car trop jeune au moment de la chute du Mur, de faire place nette. Un bon moyen de faire décramponner les baby-boomers !

dimanche 7 janvier 2007

Une question de sous-développement ?

Une discussion avec une amie camerounaise m'a fait appréhender la question de l'Afrique et du sous-développement sous un autre angle. Vu d'Europe, la quasi-totalité de l'Afrique connait un grave retard de développement. Les africains ne le vivent pas comme cela, et ne se considèrent pas comme sous-développés. Ils ont leur civilisation, leur culture et sont souvent très heureux. D'ailleurs, ce qui frappe les visiteurs européens, c'est la joie et la vitalité de ces populations, surtout quand on quitte les grandes villes pour aller dans les villages. Mon interlocutrice, qui vit depuis quelques années en France me dit n'avoir aucun problème à revenir vivre dans son village au Cameroun, sans eau courante. C'est une autre vie, mais tout aussi heureuse et satisfaisante pour elle.

Le sous-développement, il est dans le regard des occidentaux, qui considèrent que leur mode de vie est la référence, et qui le martèlent par tous les canaux possibles. Les ONG et autres porteurs "d'aide humanitaire" font bien rire certains, en Afrique. Ils auraient envie de leur dire qu'ils sont bien gentils, mais qu'on ne leur a rien demandé, et que la moindre des choses avant de s'ingérer dans la vie d'autres populations est de leur demander leur avis, chose que les occidentaux font rarement, tellement ils sont convaincus de la suprématie de leur modèle.

Finalement, le malheur des africains (surtout les jeunes) vient de ce qu'on leur expose sans cesse le modèle occidental, qu'on leur fait envie à leur matraquer ce qui se passe ailleurs, en le faisant miroiter sous son meilleur aspect. Le pilonnage médiatique finit toujours par rentrer dans les esprits. Et on s'étonne benoitement, en Occident, que les jeunes africains souhaitent venir en masse dans ce pays de cocagne, en s'interrogeant sur les moyens d'empêcher cette migration massive. On ne fait pourtant que récolter ce que l'on a semé...

vendredi 5 janvier 2007

Un commerçant écolo est d'abord un commerçant

Une association "écolo" vient d'être condamnée pour commercialisation de semences non autorisées. Certains feront très vite un rapprochement avec l'affaire du purin d'ortie et vont sans doute sortir l'attirail habituel du martyr. Je prends donc les devants.

Cette association nommée Kokopelli est spécialisée dans la sauvegarde des variétés rares et anciennes de fruits et légumes. Cette activité est parfaitement louable et doit être encouragée. Même si l'impact sur la préservation de la biodiversité de la planète est assez minime, ce serait dommage de se priver de variétés de légumes que l'on pourrait conserver en faisant un petit effort. En complément de cette mission de sauvegarde (et sans doute pour la financer), l'association commercialise les graines. Elle est connue et référencée auprès de nombreux clients, elle édite des catalogues, bref fait du commerce sur une niche de marché viable. Elle est donc soumise aux règles applicables aux commerçants, que ce soit le droit fiscal, le droit rural ainsi que le droit de la consommation.

C'est à ce dernier titre qu'elle a reçu la visite de la repression des fraudes dans son magasin d'Alès, en 2004 (avant les discussions sur la LOA). Ce qui est reproché à cette association est de ne pas respecter les règles de commercialisation de certains produits au catalogue. Il faut d'abord faire passer des tests et homologuer les produits, pour que l'on sache exactement ce qu'il y a derrière un nom et que l'on puisse ensuite vérifier que tout le monde vend bien la même chose sous une même dénomination. C'est une règle protectrice pour le consommateur, qu'il ne faudrait pas supprimer.

Cette association se livre régulièrement à des actes de commerce (donc statut juridique de commerçant), exerce cette activité sur un marché ouvert à la concurrence, il est absolument normal qu'elle soit sur le même pied que les autres. Sur cette affaire, les formalités demandées coûtent 1500 euros par espèce. Même si cela peut aller vite quand on a plusieurs dizaines de types de semences à homologuer, cela reste des petites sommes. Que le président dise "ne pas avoir les moyens" est franchement ridicule et fleure bon l'amateurisme ou alors, c'est de la mauvaise foi. Il n'a qu'à lancer une souscription auprès de ses clients et des milieux écologistes, en appuyant sur la mission de préservation des espèces et il aura l'argent sans trop forcer. Il peut aussi vendre un peu plus cher, le prix n'étant sans doute pas le critère premier de ses clients.

Mais voilà, certains militants n'arrivent pas comprendre qu'aucune "mission" n'exempte de l'application de la loi. Ils sont persuadés que leur action est non seulement désintéressée (à but non lucratif), mais aussi utile à la société et profondément juste. Les règles du commerce, c'est pour ceux qui font du profit, pour leur compte personnel, pour s'enrichir. Eux ne sont pas de cette espèce. D'où leur surprise, leur incompréhension et parfois leur colère quand ils se voient condamnés. Il faut pourtant comprendre que la loi est neutre et ne se base que sur les comportements objectifs, quelques soient les intentions (louables ou mercantiles). C'est là une application du "principe de laïcité", qui pourrait ainsi s'énoncer "Bercy ne reconnait et ne subventionne aucune cause". Sinon, comment distinguer les "bonnes causes" qui seraient au-dessus du droit des autres ?